jeudi 22 septembre 2011

La publicité trompeuse, une pratique commerciale systémique

De Stéphanie Grammond, La Presse

La publicité trompeuse est un problème endémique dans le commerce de détail. De nombreux commerces affichent systématiquement de faux rabais, selon une vaste enquête d'Option consommateurs dont les résultats ont été dévoilés hier.
L'organisme de défense des consommateurs a déposé des plaintes contre huit détaillants de meubles, soit La Baie, Brault et Martineau, Brick, Dormez-vous, Germain Larivière, Léon, Mattress Mart et Sears.
L'enquête d'Option Consommateurs a fait ressortir différentes pratiques trompeuses. «Certains articles sont en solde tellement souvent
que leur prix de vente semble être leur prix courant», rapporte Jean-François Vinet, analyste à Option consommateurs.
Par exemple, Germain Larivière a annoncé pendant huit mois un ensemble de cuisine «en solde» à 2299,95$, par rapport au prix «régulier» de 2919,95$. En réalité, le produit n'a jamais été vendu au prix régulier, révèle l'enquête d'Option consommateurs qui a noté l'évolution des prix, toutes les deux semaines.
Option consommateurs a aussi découvert que certains centres de liquidation vendent parfois leurs produits plus cher. Ainsi, au Centre de liquidation Brick, la mention «liquidation finale» laisse croire aux clients qu'ils font une bonne affaire, alors que le même produit est offert à un prix inférieur dans les autres magasins Brick.
Mais The Brick considère que les informations obtenues par Options consommateurs ne reflètent pas la réalité. «The Brick a un processus rigoureux de révision de ses prix», rétorque son vice-président, Gregory Nakonechny.
À l'inverse, d'autres détaillants, comme Dormez-vous, annoncent un «prix d'introduction» alors qu'il ne s'agit pas d'un nouveau produit dans le magasin, a constaté Option consommateurs.
L'organisme dénonce aussi les faux cadeaux. Dans ce cas, les commerçants offrent un produit «gratuit» à l'achat d'un autre produit... dont le prix a été relevé, ce qui fait en sorte que le cadeau n'en est pas vraiment un.
D'une manière ou d'une autre, annoncer de faux rabais est une pratique commerciale trompeuse et illégale, rappelle Option Consommateurs. L'organisme réclame l'intervention du Bureau de la concurrence, de l'Office de la protection du consommateur (OPC) et du ministère des Services aux consommateurs de l'Ontario.
Les entreprises sont passibles d'une sanction allant jusqu'à 10 millions de dollars, en vertu de la Loi sur la concurrence.
En 2005, l'intervention du Bureau de la concurrence a valu une amende de 500 000$ à Sears qui avait été reconnu coupable d'annoncer de faux rabais, à longueur d'année, sur les pneus. Mais, à ce jour, c'est le Groupe Forzani (Sports Experts) qui a dû payer l'amende la plus salée, soit 1,7 million de dollars, pour avoir gonflé ses prix.
En 2008, une autre enquête d'Option Consommateurs avait révélé que les magasins Best Buy et Future Shop avaient gonflé les prix de leurs ordinateurs, pour ensuite les annoncer en solde. Or, il est impossible de savoir comment le Bureau de la concurrence a traité le dossier. «La loi nous oblige à traiter toutes les plaintes de façon confidentielle», a indiqué la porte-parole, Gabrielle Tassé.
Dans son rapport de recherche, Option Consommateurs demande justement au Bureau de la concurrence de mettre en place, sur son site web, un outil de renseignement qui permettrait aux consommateurs de connaître le nombre et la nature des plaintes officielles reçues et envoyées au Bureau sur un commerçant.
En vertu de la Loi sur la protection du consommateur, les entreprises qui annoncent de faux rabais sont passibles d'une amende de 2000$ à 100 000$. Mais l'OPC est rarement intervenu dans ce domaine.
L'OPC utilise parfois la formule de l'engagement volontaire pour régler les problèmes systémiques. «On réunit tous les acteurs importants dans un domaine de consommation spécifique. On les incite fortement à signer un engagement dans lequel ils s'engagent à respecter la loi. Par la suite, les amendes sont plus importantes en cas d'infraction», explique le porte-parole, Jean Jacques Préaux. Cette formule a déjà permis d'assainir des pratiques dans d'autres secteurs, comme la vente de véhicules d'occasion.
L'OPC invite les consommateurs qui ont repéré de faux rabais à lui faire parvenir leurs plaintes. Idem pour Option Consommateurs qui songe à entreprendre un recours collectif. L'organisme demande aux consommateurs lésés par les huit commerçants, ou d'autres détaillants qui annonceraient de faux rabais, de lui faire part de leur mésaventure.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

N'hésitez pas à laisser vos commentaires ici. Oui au débat d'idées, tolérance zéro pour les injures et attaques personnelles.